19h30 – Aéroport Roissy Charles de Gaulle – Hall 1
C'est les yeux pleins de larmes que nos mères nous étreignent Les moments des « au-revoirs » sont toujours chargés d'émotions, un peu comme sur les quais d'une gare dans les productions à l'eau de rose hollywoodiennes et notre départ ne déroge pas à la règle. Les pères eux tentent de faire bonne figure même si on sent dans leurs regards poindre une douce tristesse, ils se doivent de rester fort. Un dernier signe de la main, un dernier échange de baiser envoyé de la main et nous passons le contrôle des passeports. Tout est en règle, nous pouvons flâner quelques minutes dans le duty-free et acheter quelques magazines au Relay-h (un fluide glacial pour madame, pour Mr Odin un GQ la nouvelle bible de l'homme moderne? et rien pour Ramzy qui en tant que chat ne sait pas lire et qui n'a jamais manifesté le moindre désir d'apprendre) puis c'est le moment de passer au contrôle des bagages et comme à chaque fois que nous voyageons avec le chat, c'est un succès garanti quand je dois le sortir de sa cage pour passer au détecteur de métaux. Il se blottit dans mes bras, affolé par tant d'agitation, tirant aux agents de sécurité et aux autres passagers des sourires complices. Enfin c'est l'embarquement. L'avion de la Thaï-airways n'est pas plein, (c'est une nouvelle rotation rajoutée il y a moins d'un mois). Je prend la cage de Ramzy sur mes genoux ce qui semble effrayer la jeune asiatique qui avait prévu de s'assoir près de nous et qui finalement ira s'assoir de l'autre coté de l'avion. Tant mieux ainsi chacun des Odins aura son siège et c'est la moindre des choses car après tout Ramzy a tout de même payé son billet plus de 250€ (50€ par kilo de chat) et si il n'aura pas le droit aux plateaux repas, il a tout de même le droit de voyager dans de meilleures conditions qu'à la hauteur incommodante des pieds des quelques deux cents passagers qui se sont déchaussés le temps du voyage. Quelques onze heures, trois films, deux plateaux repas, un sandwich, cinq jus d'orange, un whiskey, un verre de vin, trois café plus tard notre avion se pose sur le tarmac de l'aéroport international de Suvarnabhumi. C'est là que le petit coup de stress que nous refoulions depuis le décollage revient nous prendre; en effet venir avec le chat en Thaïlande n'est pas si simple que ça et surtout, il nous a été impossible de savoir avec justesse quelles étaient les démarches et autres justificatifs à préparer pour son entrée sur le territoire: à chaque site internet visité ses différences, les conseils glanés auprès du vétérinaire sont restés flous, les demandes auprès de l'ambassade sont restées lettres mortes et nos appels auprès des différents services en charges de l'importation des bêtes nous ont donnés des réponses au mieux évasives, au pire incompréhensibles (comprendre l'anglais avec l'accent Thaï relève parfois d'une gymnastique de haute volée mais nous auront le temps d'y revenir). Reste que si les documents présentés ne sont pas bons, les choix qui s'offriront à nous seront les mêmes que choisir entre la peste et le choléra, à savoir soit la réexpédition à nos frais en soute de l'animal sans certitude de réception à Paris, soit sa destruction immédiate sur place... Ils nous semblent avoir tout ce qu'il faut (une puce électronique de marquage dans le cou de la bête, une série de vaccins aux noms exquis, un passeport à jour, un certificat de bonne santé qui d'après le véto ne se fait plus depuis deux ans, une certification de tous ces documents par la direction des services vétérinaires de Beauvais) mais le site du guide du routard a jeté le trouble dans nos esprits en annonçant qu'il fallait faire une légalisation de ces papiers. Une légalisation est une démarche des plus simple puisqu'il s'agit de monter au quai d'Orsay à Paris faire authentifier le document (pour moins de 15 docs, ça se fait dans la matinée, ouf!) ensuite de filer à l'ambassade de Thaïlande afin d'y faire légaliser le dit-document (15€ par doc) et de le récupérer deux jours ouvrables plus tard et ceci si par grande chance il ne faut pas le faire traduire entre deux par un traducteur agrée et assermenté (compter au mieux 3 jours si l'unique traducteur officiel de Paris n'a pas d'autres priorités et quelques 250€ environ)... et c'est là qu'est tout le centre du problème : le certificat de bonne santé doit être effectué trois jours avant le départ, ce qui rend la tache assez compliqué pour ne pas dire infaisable à moins de maitriser les voyages dans le temps. Nous passons donc le contrôle des visas, la jeune fille agent des douanes est aimable comme une porte de goulag puis vient le moment redouté, le service des quarantaine en face du tapis à bagage nº8 nous avait-on indiqué, à coté de celui de quarantaine des plantes (sans doute les plantes carnivores doivent elles avoir un certificat du fleuriste prouvant qu'elles sont nourris d'insectes indemnes de toutes maladies?). Pendant que Madame Odin va récupérer nos bagages, je rentre dans le petit box du service avec un large sourire aux lèvres; je me dit que cette marque d'assurance prouvera à l'agent responsable que je viens en toute confiance et sûr de mon bon droit satisfaire aux usuelles démarches d'importation d'animaux de compagnies. Il sort de derrière la baie vitrée où son collègue semble endormi sur un canapé aux tons roses délavés, sur le coté une télévision diffuse à faible volume une sitcom à l'eau de rose: Il m'invite à m'assoir et me tend un stylo rose (décidément) mais qui écrit en noir afin de remplir une fiche de renseignement. Je lui tends le passeport de Ramzy ainsi que la fiche de bonne santé (celle qui est censé ne plus être en fonction depuis deux ans). Il me demande si le tampon sec présent sur la fiche est bien celui de l´état français, je lui confirme. Il commence alors à remplir ses fiches de son coté. Sur l'instant je me suis dit que j'aurais pu lui montrer le même document avec un tampon de Jardideco, la boite de jardin espace vert de mon frère en lui affirmant que « oui c'est bien le tampon des services vétérinaires français » que ça aurait peut-être pu passé tout aussi bien. J'ai tout d'un coup confirmation que son collègue est bien endormi car ses ronflements viennent couvrir le son de la télévision. Pas de doute, on est bien arrivé... Bozo Odin apparaît derrière la vitre, elle a récupéré les bagages, je lui fait signe que tout va bien. Il ne me reste plus qu'à m'acquitter de la taxe d'importation de 100 Baths (2€50) avant qu'il ne me donne l'autorisation de passage à la douane. On passe devant le passage vert de la douane, celui du « Nothing to declare » (rien à déclarer) pour se rendre au passage rouge du « Cat and others things to declare » et là petite surprise, on doit s'acquitter d'une nouvelle taxe de 1000 Baths (25€). Plus assez dans les poches, je dois donc aller faire un retrait à l'ATM le plus proche, pendant ce temps Bozo fait la causette avec le douanier qui lui dira que depuis ce matin nous sommes les 7èmes à passer avec un animal. Il nous donne l'autorisation d'importation (heureusement valable plusieurs années, au cas où on s'amuse à ressortir et re-rentrer avec Ramzy). Enfin c'est la sortie de l'aéroport avec le grand soulagement de ne pas avoir eu de problèmes et le petit regret de ne pas avoir finalement passés quelques bouteilles de vin vu qu'il n'y a eu aucun contrôle mais dans le doute valait mieux ne pas tenter de se compliquer l'existence.
On fait la queue pour les taxis, notre chauffeur ressemble à un heavy metaleux des années 80, les cheveux longs et soyeux. On veut mettre nos ceintures de sécurité car on a toujours en tête le reportage que Bozo a vu sur les bénévoles qui la nuit ramassent les quelques 400 morts journaliers sur les routes dans le grand Bangkok et même si ce chiffre nous paraît incroyable, on se dit qu'un petit clic vaut mieux qu'une grande claque mais ça ne sera pas possible car le véhicule n'en est tout simplement pas équipé, comme la plupart des taxis ici. Heureusement, il conduit prudemment même si il roule au double de la vitesse indiqué par les panneaux de signalisation, enfin très vite après le double péage il ne vas plus conduire très vite puisque l'entrée sur Sukhumvit Road se fait au pas. On mettra plus de 25 minutes pour faire les 300 mètres qui nous séparent l'autoroute de l'avenue avec 3 ou 4 files de véhicules là où il n'y a que 2 files marquées au sol. Arrivée à l'hôtel à 14h30, soit 2 heures après avoir posé le pied sur le sol Thaïlandais, on découvre notre chambre et nous sommes ravis, la déco est très réussie et nous passerons une bonne partie de l'après midi à découvrir tous les équipements qui la composent : 12 sources d'éclairage (dont un mode que l'on nommera « la commission de nuit » qui éclaire le trajet jusqu'à la salle de bain et la salle de bain elle même d'une lumière douce et qui vient du sol), un écran géant et son home theater qui balance tellement de basse qu'il faut les réduire à moins 3 pour éviter que la chambre voisine ne se sente comme dormant à cotés des enceintes du Queens ou d'une rave-party, des placards qui s'éclairent lorsqu'on les ouvrent, une cuisine bien équipée de très bonne facture (la bouilloire est ultra design et ultra performante) enfin une salle de bain très agréable et qui possèdent selon les dire de Bozo un sèche-cheveux exceptionnel. Seul bémol l'impossibilité d'ouvrir les fenêtre. La vue est surprenante. Un panorama de quelques habitations typiques qu'offrent Bangkok : de l'impressionnant gratte ciel de verre à la cabane de taules, en passant par la maison individuelle d'architecte à la piscine sur-dimensionnée ou l'immeuble design ultra-moderne, sans oublier en contre bas deux nouvelles maisons en construction où quelques ouvriers s'activent. Ils sont si peu nombreux par rapport à la taille du chantier (deux ou trois peut être) que je me dis que les travaux ont du commencer il y a quelques années déjà et ne sont pas prêts de s'achever. Ce qui s'achève en revanche assez vite c'est cette première journée, la fatigue et le jet lag faisant effet, après avoir fait monter notre dîner par le room service, on s'endort rapidement.
Notre chambre d'hôtel
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